Viande et santé publique : prise de position du directeur de l'IUMSP

Actualité

La viande et la santé publique

La presse a donné un large écho à une récente publication émanant du Centre International de Recherche sur le Cancer, une agence spécialisée de l’Organisation Mondiale de la Santé. Cette publication présente la reclassification de certains aliments carnés comme agents cancérigènes.

Comme institution universitaire de santé publique, l’IUMSP souhaite apporter les précisions suivantes :

  • Le groupe de travail du CIRC a confirmé les résultats d’analyses épidémiologiques en cours depuis plusieurs décennies, associant la consommation de salaisons et de viande rouge à certains cancers, principalement le cancer colorectal. Sont également présentés les progrès réalisés dans la compréhension des mécanismes liant la consommation carnée à l’apparition et l’évolution de certains cancers.
  • Les travaux du groupe montrent que le risque est avéré mais faible. Il faut le comparer aux autres cancérigènes intéressant la santé publique, par exemple le tabac : l’impact de la consommation de viande est beaucoup plus limité. En Suisse, on estime que sur 1000 hommes, 63 développent un cancer colorectal durant leur vie. Une consommation élevée de viande augmente ce nombre à 68, une consommation faible le diminue à 58 cas. Les chiffres correspondant pour les femmes sont 47 cas dans la population générale, 51 chez les fortes consommatrices de viande et 43 chez les faibles consommatrices.
  • Le groupe de travail ne suggère nulle part d’éliminer la consommation de viande, celle-ci apportant des éléments nutritifs.

Comme souvent, la diffusion d’informations concernant la nutrition et/ou le cancer se heurte à des difficultés émotionnelles et culturelles. Les commentaires chaotiques des derniers jours illustrent également un manque de culture de santé publique. Il y a une mauvaise interprétation de ce qu’on nomme un risque en médecine. Pour qu’un facteur potentiel de maladie (par exemple un aliment) devienne un problème de santé publique, il faut une forte association avec une maladie (par exemple un cancer) et un impact substantiel de la modification de l’exposition au risque.

Il y a beaucoup d’arguments en faveur d’une consommation modérée de viande au niveau mondial. La lutte contre les maladies cardiovasculaires inclut par exemple une diminution de la consommation de sel et de graisses saturées, l’une et l’autre étant liées aux préparations carnées. Il y a également des raisons écologiques de limiter la production de viande, liées à la durabilité de l’agriculture et de l’élevage. Mais il faut éviter de commenter des résultats d’études épidémiologiques comme s’il s’agissait de prescriptions de santé publique.

Au moment même où fleurissaient les titres accrocheurs annonçant la disparition du saucisson, l’un des grands cigarettiers mondiaux inaugurait son siège à Genève. Le succès planétaire du commerce du tabac, le plus puissant cancérigène de consommation courante, est un sujet bien plus préoccupant pour la santé publique.

Prof. Fred Paccaud

Directeur
Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP)
Centre hospitalier universitaire vaudois (IUMSP)
Lausanne 

 


Voir aussi l'intervention du Prof. Paccaud dans l'émission Mise au point (RTS) « Viande je t'aime moi non plus » consacrée au même sujet

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